Réfugiés Climatiques
Nouvelle-Orléans : l'adieu à Big Easy
Extrait du livre Réfugiés Climatiques
10 mai 2006. Neuf mois après la catastrophe provoquée par le cyclone Katrina, les États qui bordent le golfe du Mexique attendent avec anxiété le début de la saison des ouragans, tandis que le second tour des élections municipales se prépare à La Nouvelle-Orléans. Huit mois après notre première visite, le photographe Cédric Faimaili et moi, atterrissons de nouveau à Houston. Dehors, comme chaque jour de l’année, le ciel est bleu, la chaleur, écrasante.
 
L’aéroport de la capitale économique du Texas est l’un des moins accueillants que nous connaissions. Ses terminaux sans âme sont si éloignés les uns des autres que, malgré la taille et le débit de l’infrastructure, nous avons l’impression de débarquer dans un cul-de-sac. L’endroit est à l’image de la ville qu’il connecte au monde, cette mégapole de cinq millions d’habitants qui semble toujours étrangement déserte. Cédric a pris le volant de notre voiture de location coréenne. Nous traversons l’épaisse forêt qui borde l’aéroport et rejoignons le réseau de périphériques et d’autoroutes sertissant le skyline de la quatrième ville des États-Unis : un agglomérat de tours de verre et de béton où s’empilent les pouvoirs, les capitaux, les œuvres d’art, les cerveaux de la recherche médicale. Un coeur puissant mais relativement petit au regard de l’immense banlieue résidentielle qui l’enveloppe.
 
Nous quittons le périphérique 610 et pénétrons dans un vaste quartier résidentiel. Les rues qui nous séparent de notre logement se succèdent sans différences apparentes : trottoirs impeccablement gazonnés et désinsectisés, chênes verts, pins et magnolias, maisons climatisées d’un ou deux niveaux – jamais plus –, jardins sur l’arrière, pas de piétons. Rien ne permet de deviner que 150 000 réfugiés de Louisiane sont encore hébergés à Houston. Il est vrai que leur présence était déjà quasi invisible lorsque nous étions venus à leur rencontre en octobre 2005, moins d’un mois après leur arrivée en masse. Il nous paraissait alors tristement ironique que le principal émetteur de gaz à effet de serre du monde, non signataire du protocole de Kyoto, soit victime du plus grand déplacement de population de son histoire alors même que les scientifiques commençaient à s’accorder sur le fait que le réchauffement climatique pourrait accroître la taille et la puissance des cyclones. Et nous voulions connaître le sentiment et les intentions de ces déracinés dont l’existence avait si brutalement basculé dans l’inconnu.



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